• Un aérodrome au sud de Caen ?

    Un aérodrome au sud de Caen ?Pour une fois, je vais faire des infidélités à Ifs pour aller jeter un œil de l'autre côté de la route de Falaise (N158), rue de Falaise pour les Caennais ou rue de Caen pour les Ifois. Cet article fait suite à une question concernant l'existence d'un aérodrome au sud de Caen sur le territoire de Cormelles-le-Royal et au crash d'un « Pou du ciel » en 1935, à Ifs (voir article suivant).

     Un aérodrome au sud de Caen ? La carte de Cassini

         Il faut savoir que le territoire de la Guérinière faisait autrefois partie de Cormelles-le-Royal. Les terrains de la Guérinière étaient très peu fertiles. Selon une expression de la région, il y avait à peine assez de terre pour « beurrer les cailloux » (comme l'est également le sol du quartier de la Plaine à Ifs...). Au début du XIXe siècle toutefois, un entrepreneur fait l'acquisition d'une exploitation agricole et y répand un engrais constitué de matières fécales humaines. Grâce à ce traitement, il obtient de bonnes récoltes de blé et de colza...

    ----------------------------

    Une académie d'équitation puis un couvent

          Au 18e siècle, sous le règne de Louis XV, la famille Robichon de la Guérinière s’établit sur Cormelles.

    En 1753, Robichon des Brosses de La Guérinière, fondateur de l'académie d'équitation de Caen, demande à Louis XV la concession d’une partie de la plaine de Cormelles-le-Royal. Par un acte du 25 septembre de cette année, suivi de lettres patentes du 5 février 1754, enregistrées au Parlement de Normandie le 9 août 1759, le roi l'autorise à construire des bâtiments d’exploitation pour l'académie d'équitation de Caen. La Guérinière défriche et met en valeur les terrains concédés. Finalement, il obtient que le roi, par un arrêt du 24 janvier, suivi de lettres patentes du 24 février 1758, abandonne à sa famille exclusivement la propriété absolue de ces 92 arpents de terre, en échange des terrains et des bâtiments de l’Académie située dans la paroisse Saint-Martin de Caen.

         Pierre Robichon des Brosses de la Guérinière construit un manoir ainsi que des manèges pour l’entraînement de chevaux. Ce manoir devient une succursale de l’académie d’équitation qu'il avait fondée en 1719 (c'est l'ancienne caserne des pompiers, place du Canada à Caen). Ce Pierre est le frère aîné de François Robichon de la Guérinière, grand écuyer de France, dont le livre "École de Cavalerie" est une référence mondiale de la littérature équestre.

         En l’an III de la République, l’établissement est fermé. Le 21 brumaire, le comité de salut public, requiert le citoyen Alexandre de la Tour pour en reprendre la direction. En 1835, une adjudication volontaire de la terre de la Guérinière a lieu puis en 1905, M Pichard crée au château de la Guérinière un établissement avicole afin de produire des poulets précoces et de chair fine. Après être passés entre plusieurs mains, les lieux sont revendus en 1920 à M et Mme Brunet, éleveurs de chevaux.

          Le 6 août 1944, alors que les Canadiens lancent l’opération Totalize sur Bourguébus, l’aviation alliée se trompant d’objectif bombarde Cormelles, faisant plusieurs dizaines de morts parmi les soldats et détruit le château de la Guérinière (photo ci-dessous à gauche).

    Un aérodrome au sud de Caen ?Un aérodrome au sud de Caen ? Un aérodrome au sud de Caen ?

             Le château de la Guérinière à Cormelles               Ruines du couvent de la Charité à Caen     La Charité en construction en 1956 - D.D.E. 14 

         Situé dans le quartier Saint-Jean à Caen, le couvent de la Charité est détruit pendant les bombardements lors de la Bataille de Caen (voir photo ci-dessus au centre). La communauté des sœurs de Notre-Dame-de-Charité décide de faire reconstruire un nouvel établissement en dehors de la ville. Le 3 mars 1948, la communauté Eudiste des Sœurs de Notre Dame de la Charité acquiert la propriété de la Guérinière. Au moment de la construction du monastère, cette propriété est située sur la commune de Cormelles (redevenue "le-Royal" en 1969). Le 22 décembre 1965, le secteur est transféré à la commune de Caen repoussant la limite entre Caen et Cormelles plus au sud.

     Un aérodrome au sud de Caen ?

          La première pierre est posée en 1951 et l'ensemble de bâtiments est érigé par l'architecte Beaufils. Lors de la construction du grand ensemble, entre 1955 et 1961, le couvent se trouve rapidement rattrapé par la ville. (Photos ci-dessous)

    Un aérodrome au sud de Caen ? Un aérodrome au sud de Caen ?Un aérodrome au sud de Caen ? Photos d'archives du domaine de Camilly                                                                         Cliché Central Photo

         Entre 1972 à 1984, l'hospice Saint-Louis, qui occupe depuis le début du 20e siècle les locaux de l'abbaye aux Dames, est transféré dans une partie des bâtiments du couvent. Il prend alors officiellement le nom de Centre pour Personnes Âgées, dépendant du centre hospitalier régional universitaire de Caen. Entre 1984 et 2005, le CPA a fait l'objet d'une restructuration incluant la rénovation des anciens locaux et la construction de nouveaux bâtiments. Le site aujourd'hui est composé d'un ensemble de quatre pavillons répartis sur 30 000 m² de terrain.

         Le reste du domaine de 2 ha et demi, ainsi que les bâtiments principaux du monastère ont été vendus à un promoteur immobilier afin d'y aménager des logements. Les dix dernières sœurs quittent le bâtiment conventuel fin août 2012. (Le "Domaine de Camilly" ci-dessous.) L'église n'est pas concernée par ce projet.

    Un aérodrome au sud de Caen ? Un aérodrome au sud de Caen ?Un aérodrome au sud de Caen ?

    Photos du Domaine de Camilly

    ----------------------------

    Un champ de manœuvre puis un grand ensemble

         Le 26 juillet 1875, la ville de Caen achète 27 hectares 43 ares de terrain sur la commune de Cormelles connu aussi sous le nom d’hippodrome de la Guérinière, terrain plat, nu et de faible valeur agricole qui faisait autrefois partie du domaine de Robichon de la Guérinière. L'enquête d’utilité publique a lieu le 21 juillet pour une acquisition soit à l’amiable soit par expropriation. Ces terrains sont cédés à l'armée par la ville de Caen en usufruit indéfini à l’état pour tout le temps qu’il existe un casernement (le 43ème Régiment d'Artillerie) à Caen afin d’en faire un terrain de manœuvres.

    Un aérodrome au sud de Caen ? Un aérodrome au sud de Caen ?

         C'est le terrain de manœuvre du 43éme régiment d'artillerie et du 129e régiment d'infanterie qui sert de terrain d'aviation pour la ville de Caen. De nombreux meetings aériens ont lieu sur ce site. Le premier a lieu en 1910. Le 24 janvier 1931, les membres de l'Aéro-Club de Caen et ceux de l'Aéro-Club du Calvados se réunissent en assemblée générale extraordinaire afin d'unir leurs efforts pour favoriser le développement de l'aviation légère dans le Calvados. En mars de cette même année a lieu la fusion des deux Aéro-Clubs permettant la création de l'Aéro-Club de Caen et du Calvados. Le président fondateur est Fernand Perrot. L'aéro club de Caen est installé à Cormelles, avec l'accord de la ville de Caen dès 1931. Les premiers vols sont effectués dès le printemps de cette année par messieurs Lacombe, Bellavoine, Bence, Moreau, Maruitte, De La Crouee, etc... Ils utilisent un planeur Avia 11A, qu'ils lancent au sandows. Le manque d'abri oblige les pionniers à démonter chaque soir l'appareil pour le redescendre en ville. Pour remédier à cet inconvénient et pourvoir le terrain d'un minimum d'infrastructure indispensable, l'Aéro Club décide l'implantation d'un hangar qui entre en service en octobre 1931. Le 4 mars 1933, les membres de l'Aéro club ont l'immense joie d'accueillir le premier avion : Un Caudron Phalène" quadriplace d'entraînement et de voyage. Quelques temps plus tard, l'"Hanriot 14", biplace doubles commandes, permet les débuts de l'école de pilotage.

    Un aérodrome au sud de Caen ?     En 1937, l'aviation populaire voit le jour et constitue une section de l'Aéro-Club. Ainsi, de nombreux pilotes sont formés et s'illustreront ensuite durant la guerre.
     En 1939, le terrain de Cormelles étant à la fois utilisé par les trotteurs lors de courses hippiques, par l'armée pour ses entraînements et par l'Aéro-Club, le ministère de l'air décide alors d'implanter dans la région une base militaire. C'est Caen qui l'emporte au détriment de Falaise. L' Aéro-Club déménage alors pour rejoindre le terrain de Carpiquet situé au nord-ouest de Caen.

    Un aérodrome au sud de Caen ?

         De tout temps, des courses d'entraînement avaient lieu sur-le-champ de manœuvres. De temps en temps, sur l’hippodrome de la Guérinière se déroulait des courses (lundi de Pâques) jusqu’aux environs de 1939. Sur une partie du terrain de manœuvre, près du quartier du 43e Régiment d’Artillerie, la Société Hippique Caennaise organise les samedi 1er et dimanche 2 juillet 1933 un concours hippique.

         Durant la guerre, les terrains deviennent un point de concentration des forces alliées avant l'opération Totalize.

         Après guerre, la ville de Caen, pour faire face à la crise du logement des années 50, décide de construire sur le site de l’ancien aérodrome de Cormelles-le-Royal, le quartier d’habitat collectif de la Guérinière en 1951. Cette même année, ce territoire est officiellement rattaché à la commune de Caen. Les travaux du nouveau quartier commencent en 1955 et s’achèvent en 1961.

    Un aérodrome au sud de Caen ? Un aérodrome au sud de Caen ? Un aérodrome au sud de Caen ?

    Un aérodrome au sud de Caen ?Un aérodrome au sud de Caen ?

     Sources consultées :

    http://cormellesleroyal.free.fr/ http://www.aeroclub-caen.org/Historique-de-l-Aero-club_a33.html et Wikipédia

    « Explicat'IFS du crash aérien de 1935Enumérat'IFS : la richesse d'une abbaye »

  • Commentaires

    1
    Lundi 16 Octobre à 19:23

    Un grand merci et félicitations pour ce magnifique article du plus haut intérêt. J'ai vécu 14 ans comme riverain de la Guérinière et j'ignorais tout de l'histoire, ô combien intéressante, de ce quartier si pénalisé par une mauvaise réputation, et donc un désintérêt, qu'il ne mérite pas. 

     

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :